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Repenser la normativité en Islam post-mongol

Responsable : Orkhan Mir-Kasimov (EPHE – CNRS / LEM)

Esquisse de la problématique du groupe de recherche pour la période 2008-2012 Organismes associés : CNRS, UMR 8167 "Orient et Méditerranée" (laboratoire Islam médiéval), en partenariat avec l’IFEA (Istanbul), l’IFPO (Damas, Amman et Beyrouth), UMR 8032 "Études turques et ottomanes" et UMR 8584 (laboratoire d’études sur les monothéismes
- LEM)

Présentation succincte du projet de recherche
Depuis les premiers siècles de l’Islam, nous pouvons observer un courant particulier de pensée qui s’écarte sur plusieurs points de ce qui peut être considéré comme la « norme » de l’Islam majoritaire. Les mouvements et les communautés relevant de ce courant, relégué à la « périphérie » doctrinale de l’Islam, sont caractérisés par une tendance messianique, syncrétiste et antinomiste, fondée sur des doctrines de type ésotérique et comportant des éléments des sciences « occultes ». A l’époque califale, la pensée « périphérique » se développe surtout dans le milieu des « exagérateurs » (ghulât) et des groupes qui y sont rattachés, comme les Ismaéliens.

L’invasion mongole et l’effondrement du pouvoir califal ont profondément bouleversé l’Orient musulman en suscitant une reconsidération des références fondamentales de l’Islam et un intense questionnement sur les formes de son évolution ultérieure. Dans la sphère doctrinale et idéologique, cet événement se traduit par un changement du rapport de force entre le « centre » et la « périphérie ». La réorganisation des courants théologiques, philosophiques et mystiques qui constituent le noyau central de la tradition musulmane est accompagnée par l’atténuation de l’opposition entre les deux principales fractions de l’Islam, à savoir le Sunnisme et le Chiisme, et la formation des confréries soufies.

Dans ce nouveau contexte, le courant « périphérique » s’est renforcé et a été parfois amené au premier plan. Certains des mouvements de cette catégorie peuvent être situés dans la continuation des grands courants traditionnels, du soufisme (par exemple Sarbadârs, Nûrbakhshiyya, Safawiyya) ou du chiisme (par exemple Musha‘sha‘). D’autres (par exemple Bâbâ’î, Hurûfî, Nuqtawî, Ahl-i Haqq) semblent plus difficiles à rattacher à un courant connu. Un autre changement décisif dans l’histoire de l’Orient musulman se produit avec la formation des États Safavide et Ottoman et l’instauration du chiisme en tant que religion officielle en Iran. La pensée « périphérique » de cette époque se développe au confluent de la tradition soufie et du chiisme réformé.

Doctrinalement, les idées produites dans les milieux « périphériques » remettent en permanence en question la « norme » de l’Islam majoritaire, jusqu’à ses références les plus fondamentales. Perçues au début comme « hérétiques », certaines de ces idées sont par la suite intégrées dans les courants plus « centraux » en contribuant ainsi à leur évolution. La vision du monde syncrétiste, ouverte à des influences venant de traditions religieuses autres que l’Islam et visant parfois à transformer l’Islam en une religion universelle fait des mouvements « périphériques » un important canal d’échange entre l’Islam et les civilisations voisines, juive et chrétienne avant tout, mais aussi avec les traditions non-monothéistes comme le chamanisme turco-mongol ou les religions indiennes.

Politiquement, les groupes « périphériques » ont joué un rôle de première importance dans les réorganisations majeures de la communauté musulmane (révolution ‘Abbâside, avènement des Safavides). Certains d’entre eux ont formé à des époques différentes des communautés plus ou moins indépendantes, sur le plan politique comme sur le plan religieux (les Qarmates de Bahrayn, les Nusayris, les Druzes, les Sarbadârs, les Musha‘sha‘). Malgré l’existence de nombreuses études, tant des monographies consacrées aux mouvements de ce type que des ouvrages collectifs tentant un aperçu panoramique (voir par exemple les travaux de K. Babayan, M. Bar-Asher, S. Bashir, A. Karamustafa, I. Mélikoff, M. Moosa, Y. Ocak, P. Lory, W. Tucker, et les ouvrages collectifs récents : Mahdisme et millénarisme en Islam (éd. M. Garcia-Arenal), Imagining the end : visions of Apocalypse from the ancient Middle East to modern America (éd. A. Amanat et M. Bernhardsson), et Syncrétismes et hérésies dans l’Orient seldjoukide et ottoman (XIVe-XVIIIe siècle) (éd. G. Veinstein)), le phénomène reste encore très peu connu dans son ensemble. Partant de ce constat, et visant à étudier la question dans la diversité de ses aspects doctrinaux, historiques, sociaux et politiques, notamment de manière comparative, notre projet s’articulera autour des axes suivants :

- 1. Éléments pouvant servir à l’étude comparative de courants et de communautés « périphériques ». Continuité (ou rupture) de la tradition dans l’histoire d’un seul mouvement ou d’un groupe de mouvements, notamment au tournant des « point critiques » que constituent l’invasion mongole et l’avènement des Safavides.
- 2. Qu’est-ce qui constitue l’identité de ces mouvements ? Quels critères déterminent l’identité de ces mouvements (le charisme du fondateur, une doctrine particulière, un texte ou un Canon) ? Quelle est l’évolution historique de ces critères et de l’identité même de ces mouvements ? Comment cette identité se reflète-t-elle dans le nom de ces mouvements ? Ce nom vient-il de l’intérieur ou de l’extérieur ?
- 3. Qu’est-ce qui constitue la « norme » de ces mouvements ? Comment est-elle perçue de l’intérieur et de l’extérieur de ces mouvements ? Quel est son rapport à la norme des courants majoritaires (Islam sunnite, chiisme duodécimain et ismaélien) ?
- 4. Problématique du texte sacré. Ces mouvements tiennent-ils pour sacrés des textes autres que le Coran ? Ont-ils élaboré un Canon indépendant pour marquer leur particularité vis-à-vis de l’Islam majoritaire ou de l’Islam tout court ? Quels sont les raisons (religieuses ou politiques ? intérieures et/ou extérieures au groupe ?) de l’apparition de textes sacrés ou de Canons autres que le Coran ? Quel est le rôle de ces textes dans l’organisation de la communauté ? Quel rapport ces textes entretiennent-ils avec les sources scripturaires de l’Islam (le Coran et le Hadîth) ? Portent-ils des traces de l’influence des traditions religieuses autres que l’Islam ? Quel est le rapport entre les données islamiques et les données venant de l’extérieur de la tradition musulmane (de sources juives, chrétiennes, des religions de l’Iran ancien, des religions indiennes, du chamanisme turco-mongol) ?
- 5. Transmission et évolution des concepts doctrinaux (la doctrine de la transmigration par exemple) et des mythes (les mythes fondateurs) dans l’histoire d’un seul mouvement particulier ou en comparaison entre des mouvements différents, qu’ils soient liés historiquement ou pas.
- 6. Sources dont nous disposons pour notre étude de ces mouvements et leur interprétation. A quelle période et à quelle branche des mouvements en question se rapportent nos sources ? Nous permettent-elles de reconstruire l’identité originelle de nos mouvements ? Faut-il distinguer cette identité originelle des branches plus tardives ?

Actions proposées

I. Journées d’étude à partir du juin 2009, réunissant les participants disponibles et couvrant l’ensemble des grands chapitres thématiques composant le projet. Programme provisoire des journées d’études :
- Journée d’étude sur les « mouvements anciens » (Druzes et Nusayris), coordonnée par Daniel De Smet, 19 juin 2009.
- ournée d’étude sur la tradition Ahl-i Haqq, Alevis, Qalandars, Bektachis… coordonnée par Mojan Membrado. Date provisoire : début octobre 2009.
- Journée d’étude sur les mouvements iraniens modernes, coordonnée par Denis Hermann. Date provisoire : fin 2009 – début 2010.
- Journée d’étude sur les mouvements de l’époque timouride, coordonnée par Orkhan Mir-Kasimov. Date provisoire : hiver – printemps 2010.
- Journée d’étude sur la tradition occulte et les courants de pensée en dehors des groupes organisés. A préciser.

Publication des Actes des journées d’étude sera envisagée.
Toutes autres propositions de journées thématiques sont bienvenues.
II. Colloque final en 2012 qui pourrait faire participer des spécialistes d’autres religions. Publication des Actes du colloque en 2013

Liste des participants mise à jour le 03 septembre 2008
- Denise Aigle (EPHE/CNRS, sarbadârs)
- Alberto Fabio Ambrosio (Paris IV-Sorbonne/ Centre de Documentation Dominicain, Istanbul : rituels Bektachis et/ou perception des rituels soufi au XVIIe siècle)
- Gulnora Aminova (Harvard, à préciser)
- Hassan Ansari (EPHE, nusayris ?)
- Kathryn Babayan (University of Michigan, kizilbash/nuqtavis)
- Shahzad Bashir (Stanford University, hurufis/nurbakhshis)
- Ilker Evrim Binba􀀀 (Oxford, "non-tariqa" oriented intellectual networks in late medieval Islamic history).
- Daniel De Smet (CNRS – LEM, druzes)
- Devin DeWeese (Indiana University, sujet à préciser)
- Omid Ghaemmaghami (University of Toronto, Akhbarism /Shaykhiya /Babism)
- Wissam Halabi Halawi (Université de Paris 1, druzes)
- Denis Hermann (EHESS/CNRS, soufisme à l’époque Qajar)
- Michael Hess (Georg-August-Universität Göttingen, Nasîmî)
- Iqbal Surani (EPHE, ismaélisme post-Alamut en Inde ?)
- Ayfer Karakaya (Harvard University, ahl-i haqq)
- Ahmet Karamustafa (Washington University, sujet à préciser)
- Reza Kouhkan (Institut Iranien de Philosophie, alchimie)
- Todd Lawson (University of Toronto, Bab ?)
- Pierre Lory (EPHE/IFPO – LEM, à préciser)
- Mojane Membrado (INALCO – LEM, ahl-i haqq)
- Orkhan Mir-Kasimov (EPHE/CNRS – LEM, hurufis)
- Leila Moharreri (Paris III, nuqtavis)
- Yashar Ocak (Hacettepe University, le rôle du Qutb ? à préciser)
- Eva Orthmann (Bonn University, astrology ?)
- Alexandre Papas (CNRS, Les Qalandars d’Asie centrale)
- Judith Pfeiffer (Oxford, post-Mongol history and thought, 13th and 14th centuries, Ahmadiyya/Rifa‘iyya and the Jawlaqis
- Annunziata Russo (Macerata Univ., alawites/nusayris)
- Sabine Schmidtke (Freie Universität Berlin, à préciser)
- Fatih Usluer (Bilkent University, hurufis)
- Shahab Vali (EPHE, cérémonie religieuse de « Jam » chez les Yârsân)
- Thierry Zarcone (EHESS/CNRS, qalandars)