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Dieu d’Abraham, Dieu des philosophes

responsables  : Olivier Boulnois et Brigitte Tambrun

_ Dans son fameux mémorial rédigé dans la nuit du 23 novembre 1654, Blaise Pascal oppose le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, au Dieu des philosophes et des savants. Le Dieu d’Abraham, explique par ailleurs Pascal, ne serait pas simplement l’auteur des vérités géométriques et de l’ordre des éléments : il serait un dieu d’amour et de consolation (Pensées, fr. 449, Lafuma). Ainsi, au dieu abstrait des philosophes, clef de voûte présumée d’un système rationnel, on oppose un Dieu vivant qui se manifeste, qui conclut une alliance avec les hommes et qui s’incarne, un Dieu personnel qui s’inscrit dans l’histoire en se révélant, un Dieu qui nous concerne et à propos duquel on pourrait même raconter des histoires. Mais le Dieu d’Abraham ne se décline-t-il pas en de multiples acceptions qui sont l’occasion d’autant de prises de positions religieuses antagonistes et de relations politiques tendues ? Déjà, les dieux ethnarques – pour reprendre l’expression de l’empereur Julien –, en conflit latent ou ouvert les uns avec les autres, ne sont-ils pas appelés à être subsumés sous un panthéon philosophique lui-même dominé par l’Un ? De même, la paix religieuse entre les partisans antagonistes du Dieu d’Abraham n’aurait-elle pas toujours besoin d’un Dieu des philosophes pour pouvoir être conclue ? Le Dieu des philosophes n’est pas toujours un dieu unique, celui des déistes ; il peut se décliner lui aussi au pluriel, et même se raconter dans des mythes. Les dieux des philosophes – dont la multiplicité indiquerait la fausseté – peuvent-ils être disqualifiés par le seul Dieu unique, celui d’Abraham ? Ne faut-il pas rappeler le mépris des philosophes platoniciens pour une religion qui fait de son Dieu suprême un créateur mettant pour ainsi dire la main à la pâte – un Dieu ouvrier, qui ne serait même pas une Idée, une divinité subalterne qui ne répondrait en aucun cas aux critères de la divinité supérieure ? Si les relations entre le Dieu d’Abraham et les dieux des philosophes ont souvent été tendues – ceux-ci étant assimilés aux dieux des païens – les théologiens ont pourtant emprunté au dieu païen des philosophes maints attributs permettant de caractériser le dieu d’Abraham. Certains admettent que le Dieu que l’on pourrait appréhender par la raison naturelle pourrait même préparer à la reconnaissance du dieu biblique. Dans le christianisme, la notion de Trinité semble éloigner le Dieu biblique du Dieu des philosophes ; à moins que la trinité platonicienne de la Lettre II ne l’anticipe, ou qu’inversement, ce soit la trinité platonicienne qui ait détourné de la stricte unité et unicité le dieu d’Abraham, qui l’ait contaminé en le rendant trine. Et comment le Dieu des philosophes est-il lui-même possible ? N’est-il pas plutôt un principe métaphysique illégitimement sacralisé, une sorte d’avatar, une entité improbable voire un état d’existence illusoire ? La question des rapports entre le Dieu d’Abraham et le Dieu des philosophes a été souvent étudiée au sein des relations entre christianisme et déisme, ou entre christianisme et polythéisme philosophique ; mais dans le judaïsme et l’islam, les relations entre ces dieux ont-elles été aussi tendues ? De plus, la question a souvent été traitée par des philosophes et notamment par les spécialistes de Pascal. La présence au Laboratoire d’Études sur les Monothéismes de philosophes spécialistes de l’Antiquité, du Moyen Âge et de l’époque moderne, et d’historiens des trois religions du Livre, permettrait d’apporter un éclairage comparatiste, de renouveler la question en donnant le point de vue du judaïsme, de l’islam et des différents christianismes, comme de celui des philosophes, sur les rapports entre les deux types de divinités. Pour ce programme transversal du LEM, nous prévoyons deux journées d’études par an pendant quatre ans et une publication collective.